1958 — 1995
L’agonie du château
La nuit du 3 au 4 juillet 1958
L’incendie
Après l’échec d’une tentative de classement en 1948, les propriétaires cherchent à se séparer du château. Se présente alors un acquéreur belge, soi-disant mandaté par des associations caritatives et soucieux d’installer dans les lieux un centre d’accueil pour enfants défavorisés. La vente est faite à son profit à la fin du mois de mai 1958. Son principal acte d’administration est d’assurer le château à une forte valeur — le coût de sa reconstruction — puis de faire poser un échafaudage sur la tour Ouest et reprendre les crépis par un maçon de Gannat. Un mois à peine après la vente, dans la nuit du 3 au 4 juillet 1958, le château s’embrase de toutes parts.
L’origine criminelle est avérée : on retrouve six ou sept départs de feu. Ni l’enquête de gendarmerie, ni l’instruction pénale qui suit pendant deux ans ne permettront de retrouver l’incendiaire ; l’heureux propriétaire perçoit une coquette indemnité d’assurance, avec laquelle il n’estimera pas devoir reconstruire. Le soir de l’incendie, constatant que le château est perdu, les pompiers font tout pour préserver les communs attenants : la chapelle d’un côté, les cuisines de l’autre, sont sauvées. Mais il en est définitivement terminé des parquets Versailles, des parquets à décors étoilés en bois exotiques, de la bibliothèque en citronnier et en ébène, des trumeaux, boiseries et gypseries — envolés en fumée dans la nuit chaude d’un triste été auvergnat.
Quarante ans d'abandon
La nature reprend ses droits
Après ce désastre, Villemont est vendu au début des années 1960. Le domaine agricole voisin est exploité, mais les bâtiments sont laissés sans entretien : quelques années plus tard, la carcasse du corps de logis reste béante à ciel ouvert, tandis que les communs ont encore leurs toits — pour combien de temps ?
Pendant près de quarante ans, le site est abandonné aux caprices de la nature. Livrés à la végétation, les bâtiments deviennent la proie d’un extraordinaire développement de lierre et de plantes grimpantes ; des arbres poussent à l’étage des communs, au-dessus des voûtes, dans les décombres des charpentes. Délaissé, Villemont est pillé et vandalisé : dallages, carrelages, ferronneries, boiseries et décors sont volés, arrachés ou saccagés. Les toitures des communs, certaines dépouillées de leurs tuiles, s’écroulent les unes après les autres. Une gangue végétale s’empare des lieux ; la grande cour d’honneur disparaît sous un véritable bois taillis, où des troncs d’érables, de hêtres, de chênes atteignent vingt à trente-cinq centimètres de diamètre.
Villemont va-t-il disparaître définitivement sous cette jungle ? Pas tout à fait : en 1995, une opération de sauvegarde est entreprise, qui permettra la renaissance de ce joyau du XVIIIᵉ siècle auvergnat.
Sources et lectures
- La Montagne, 4 juillet 1958, sur l’incendie du château.
- Sabine Codet, « Le château de Villemont », Bulletin monumental, t. 127, n° 2, 1969, p. 157 (lire sur Persée).
- Photographies de 1965 et de 1992 : archives de l’Association Sauvegarde du Château de Villemont.
- Ministère de la Culture, base Mérimée, notice PA00092456 « Château de Villemont » (consulter).








